Combien d'adresses IPv4 existent au total ?
4 294 967 296. C'est le nombre total d'adresses IPv4 qui existent. Pas une de plus. Ce chiffre est fixé par la structure même du protocole, défini dans les années 1980, à une époque où personne n'imaginait que des milliards d'appareils auraient un jour besoin de se connecter à internet. Aujourd'hui, ce stock est pratiquement épuisé, et les conséquences touchent tout le monde, des hébergeurs aux particuliers.
D'où vient ce chiffre de 4,3 milliards ?
Une adresse IPv4 est codée sur 32 bits. Chaque bit peut prendre la valeur 0 ou 1, ce qui donne 2 puissance 32 combinaisons possibles, soit exactement 4 294 967 296 adresses. C'est une limite mathématique absolue : on ne peut pas "créer" de nouvelles adresses IPv4, tout comme on ne peut pas ajouter de numéros à un système téléphonique sans changer le format des numéros.
Pour rendre ça plus concret : si chaque être humain sur Terre devait avoir une seule adresse IPv4, il en manquerait déjà plus de 3,7 milliards. Et dans la réalité, un seul foyer connecté utilise souvent plusieurs adresses (box, téléphone, ordinateur, objets connectés), sans compter les serveurs, les datacenters et les équipements réseau des entreprises.
Toutes les adresses ne sont pas utilisables
Sur les 4,3 milliards théoriques, une partie importante n'est pas assignable à des appareils sur internet. Plusieurs plages sont réservées à des usages spécifiques :
- 10.0.0.0/8 (16,7 millions d'adresses) : réseau privé, utilisé dans les réseaux locaux d'entreprise et les box
- 172.16.0.0/12 (environ 1 million) : réseau privé
- 192.168.0.0/16 (65 536 adresses) : réseau privé, c'est la plage que vous voyez chez vous (192.168.1.x)
- 127.0.0.0/8 (16,7 millions) : loopback, réservé à la machine locale (le fameux 127.0.0.1 ou "localhost")
- 224.0.0.0 à 255.255.255.255 (environ 268 millions) : multicast et réservé
Au total, environ 600 millions d'adresses sont réservées et ne peuvent pas être attribuées sur internet. Il reste donc autour de 3,7 milliards d'adresses publiques utilisables en théorie.
Qui possède ces adresses ?
Les adresses IPv4 publiques sont gérées par l'IANA (Internet Assigned Numbers Authority), qui les distribue à cinq registres régionaux couvrant chacun une zone du monde : le RIPE NCC pour l'Europe, l'ARIN pour l'Amérique du Nord, l'APNIC pour l'Asie-Pacifique, le LACNIC pour l'Amérique latine et l'AFRINIC pour l'Afrique.
Ces registres attribuent ensuite des blocs d'adresses aux FAI et aux grandes organisations. La répartition est très inégale. Les États-Unis, qui ont été les premiers à développer internet, détiennent une part disproportionnée des adresses. Le MIT possède à lui seul un bloc /8 entier, soit 16,7 millions d'adresses. Apple, Ford, le Département de la Défense américain en possèdent aussi. Certaines de ces organisations ont commencé à revendre une partie de leurs blocs inutilisés, car une adresse IPv4 se négocie aujourd'hui entre 30 et 60 dollars sur le marché secondaire.
Quand les adresses IPv4 se sont-elles épuisées ?
L'IANA a distribué ses derniers blocs aux registres régionaux en février 2011. Depuis, chaque registre a progressivement épuisé son propre stock :
- APNIC (Asie-Pacifique) : avril 2011
- RIPE NCC (Europe) : septembre 2012, puis épuisement total en novembre 2019
- LACNIC (Amérique latine) : juin 2014
- ARIN (Amérique du Nord) : septembre 2015
- AFRINIC (Afrique) : janvier 2020
Aujourd'hui, les seules façons d'obtenir des adresses IPv4 publiques sont d'en acheter sur le marché secondaire, de récupérer des blocs restitués, ou de passer par une liste d'attente auprès du registre régional. Pour un nouvel entrant sur le marché de l'hébergement ou des télécoms, c'est un vrai obstacle financier.
Comment le monde fonctionne malgré la pénurie
Si les adresses sont épuisées depuis des années, comment internet continue de grandir ? Plusieurs mécanismes ont permis de gagner du temps :
Le NAT (Network Address Translation) permet à des centaines d'appareils de partager une seule adresse IPv4 publique. Votre box fait ça : tous vos appareils ont une IP privée (192.168.x.x), et votre FAI vous attribue une seule IP publique. Le CGNAT (Carrier-Grade NAT) pousse le concept plus loin en faisant partager une même IP publique à plusieurs foyers, ce que pratiquent de plus en plus de FAI, notamment pour les offres mobiles.
Le recyclage : des organisations qui possédaient des blocs énormes sous-utilisés (comme le Département de la Défense ou certaines universités) en ont revendu une partie. En 2024, le prix moyen d'une adresse IPv4 sur le marché secondaire oscillait entre 35 et 50 dollars.
Et bien sûr, l'IPv6, qui est la vraie solution à long terme. IPv6 utilise des adresses codées sur 128 bits, ce qui donne 340 sextillions d'adresses possibles (3,4 × 10³⁸). Pour donner un ordre de grandeur, c'est assez pour attribuer plusieurs milliards d'adresses à chaque grain de sable sur Terre. Le problème : la transition est lente, et en 2026, environ 45 % du trafic internet mondial passe par IPv6 selon les mesures de Google.
Ce que ça signifie pour vous
En tant qu'utilisateur, la pénurie d'IPv4 vous affecte de plusieurs façons, même si ce n'est pas toujours visible. Si votre FAI utilise le CGNAT, vous partagez votre IP publique avec d'autres abonnés, ce qui peut poser problème pour héberger un serveur à domicile, pour le gaming en ligne (certains jeux nécessitent une IP dédiée pour le NAT ouvert), ou pour des services comme la vidéosurveillance accessible à distance.
Pour vérifier si votre FAI vous attribue une adresse IPv4 publique dédiée ou partagée via CGNAT, rendez-vous sur ipme.co et comparez l'adresse affichée avec celle qui apparaît dans les paramètres de votre box. Si les deux diffèrent, vous êtes probablement derrière un CGNAT.
Les adresses IPv4 sont une ressource finie que personne ne peut étendre. Le passage à l'IPv6 n'est plus une option technique intéressante mais une nécessité. Si vous gérez un site web, un serveur ou une infrastructure réseau, vérifiez que votre hébergeur supporte l'IPv6 et activez-le. Pour un usage domestique, la plupart des box récentes le gèrent automatiquement si votre FAI le propose.